S'il y a une chose qui ne m'est jamais quitté de ma vie, c'est celle-ci.
«Selon une légende, il est un oiseau qui ne chante qu'une seule fois de toute sa vie, plus suavement que n'importe quelle créature qui soit sur terre. Dès l'instant où il quitte le nid, il part à la recherche d'un arbre aux rameaux épineux et ne connaît aucun repos avant de l'avoir trouvé. Puis, tout en chantant à travers les branches sauvages, il s'empale sur l'épine la plus longue, la plus acérée. Et en mourant, il s'élève au-dessus de son agonie dans un chant suprême dont la vie est le prix. Le monde entier se fige pour l'entendre, et Dieu dans son ciel sourit. Car le meilleur n'est atteint qu'aux dépens d'une grande douleur... ou c'est du moins ce que dit la légende.
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...Chacun de nous a quelque chose en lui qui ne peut être étouffé, même si cela nous fait hurler de douleur, au point de vouloir en mourir. Nous sommes ce que nous sommes, c'est tout. Comme la vieille légende celte de l'oiseau au poitrail transpercé d'une épine qui exhale son coeur dans son chant et meurt. Parce qu'il le faut, qu'il y est obligé. Nous pouvons savoir que nous nous trompons avant même d'agir, mais cette connaissance n'affecte pas le résultat, ni ne le change. Chacun chante son propre petit couplet, convaincu que c'est le chant le plus merveilleux que le monde ait jamais entendu. Ne comprends-tu pas ? Nous sécrétons nos propres épines, sans jamais nous interrompre pour en évaluer le coût. Nous ne pouvons qu'endurer la souffrance en nous disant qu'elle en valait largement la peine.
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...L'oiseau à la poitrine percée d'une épine suit une loi immuable; il ne sait pas ce qui l'a poussé à s'embrocher et il meurt en chantant. À l'instant où l'épine le pénètre, il n'a pas conscience de la mort à venir; il se contente de chanter et de chanter encore jusqu'à ce qu'il n'ait plus de vie pour émettre une note de plus. Mais nous, quand nous nous enfonçons des épines dans la poitrine, nous savons. Nous comprenons.
Et pourtant, nous le faisons. Nous le faisons.»